
- Prenez le temps d’établir votre « plan de route » du recouvrement
(première partie)
L’article « Identifier les impayés à recouvrir en priorité » vous a donné un moyen d’établir votre liste de copropriétaires débiteurs et de prioriser votre ordre d’intervention.
Arrivés à ce stade, nombre de conseils syndicaux se contentent de transmettre les premiers noms figurant sur la liste à leur Syndic en demandant de réaliser une relance.
Certes il existe des « habitués de la relance ».
Des copropriétaires qui ne paient un appel de fonds qu’au moment de la réception de la relance.
En fait, la relance constitue pour eux l’événement déclencheur du paiement des charges.
Si vous repérez ce type de comportement, soyez vigilant : il ne s’agit pas d’un mode de fonctionnement normal.
Vous devez maintenir un dialogue régulier sur ce point avec les intéressés afin de contenir tout risque de dérapage
Dans les autres cas, comment revenir à un mode de gestion avec une trésorerie saine ?
En organisant vos actions de recouvrement autour d’un « Plan de route du recouvrement ».
Elaborez votre « plan de route du recouvrement » !
Ce document structure les étapes de votre démarche de recouvrement.
Pour être efficace, il doit être approuvé par la majorité des conseillers, l’unanimité étant l’idéal.
Pour être approuvé par tous, il doit être compris par tous.
Pour être compris par tous, il doit être élaboré par tous.
Etablissez le « Plan de route du recouvrement » lors de réunion de travail du Conseil Syndical, et approuvez-le par vote.
A l’issue de cette étape indispensable, vous disposerez d’un « plan de route » qui vous permettra d’avoir une approche homogène pour tous les débiteurs, et de conserver une trace de la prochaine étape et du timing associé.
Le recouvrement des impayés doit être abordé comme un chantier du Conseil Syndical, et non comme une tâche de gestion permanente.
Ce n’est pas non plus une action ponctuelle : trop de Conseil Syndicaux se limitent à l’envoi d’un courrier de relance signé par le président et passe ensuite la main au Syndic.
Tout « Plan de route » de recouvrement doit inclure, selon moi, 4 phases principales :
- Communication préalable,
- Démarche amiable,
- Démarche contentieuse,
- Communication du bilan.
Votre plan de route comprend nécessairement une date de début et une date de fin.
De même chacune des phases sera bornée dans le temps.
Les phases n’ont pas la même échelle de temps, elles se comptent en :
- jours pour les phases 1 et 4
- jours ou semaines pour la phase 2 (hors la réalisation du plan d’apurement amiable, cf infra)
- mois pour la phase 3
Veillez à soigner chacune des phases.
Souvent, les esprits se focalisent sur la démarche contentieuse car elle entre dans un cadre juridique et réglementaire strict.
Pour autant ne négligez pas la communication ni la démarche amiable : elles ne souffrent pas l’amateurisme.
De plus, une approche soignée et rigoureuse de chaque phase vous épargnera des frais supplémentaires et pourra même éviter la phase contentieuse.
Votre « plan de route » doit vous donner une vue synthétique de votre démarche, aussi un agenda ou un calendrier –même électronique n’est pas suffisant.
Personnellement j’emploie un tableau, avec une ligne par copropriétaire débiteur, une colonne par action du plan de route.
Dans le cas de la « Résidence Les bleuets », et jusqu’à la fin de la « démarche amiable » cela donne le tableau suivant :

Un calendrier ne suffit pas: il vous faut un tableau spécifique
Ensuite on indique dans chaque case la date de l’action et le trigramme du ou des conseillers en charge de la réalisation de l’action.
Je vous suggère d’utiliser un crayon de papier lors du remplissage, car il y aura des changements.
Pour éviter de perdre l’information lors des changements j’ai prévu une colonne « Suivi des modifications », utile notamment pour le RDV qui se décalerait systématiquement dans le temps.
Une fois l’action réalisée, vous pouvez l’indiquer en cochant la case correspondante.
Cela peut ressembler à ceci :

Utilisez un crayon de papier pour remplir votre "plan de route"
Voyons à présent comment s’y prendre concrètement pour réaliser les deux premières phases.
Première phase : La communication préalable.
Communiquez clairement sur votre démarche auprès de tous les copropriétaires.
Selon moi, un courrier nominatif signé par le Président du Conseil Syndical et éventuellement par le représentant du Syndic est le moyen le plus efficace.
Cette communication doit être courte, elle précise :
Le constat du problème : combien de copropriétaires, pour quel montant total.
Pourquoi la situation est préoccupante, voir grave : évoquez l’état de trésorerie et le risque d’impayés des fournisseurs, le risque de se voir placer sous administration judiciaire.
Indiquez votre volonté d’emprunter la voie amiable, mais ne laissez aucun doute quand à votre détermination, ni à l’usage possible des recours judiciaires.
Préciser que les membres du Conseil Syndical prendront contact avec les copropriétaires débiteurs afin d’étudiez ensemble le meilleur moyen d’assainir la situation.
Concluez avec une note positive et donner un moyen de contact des membres du Conseil Syndical pour ceux qui souhaiteraient un complément d’information.
Soignez le contenu de cette annonce, soyez factuels mais jamais accusateurs.
Votre courrier ne doit pas dépasser une page.
Deuxième phase : La démarche amiable
Il y deux avantages majeurs à commencer le recouvrement de cette manière.
-
Elle instaure un dialogue entre copropriétaires, une relation individualisée ayant plus de chance d’aboutir.
-
Vous disposer d’un meilleur contrôle de la situation, basé sur une connaissance accrue du contexte particulier à chaque débiteur.
Le succès d’une démarche amiable repose sur deux fondamentaux : l’empathie et la fermeté dans le dialogue.
En effet, il est important que le copropriétaire débiteur comprenne que vous n’êtes ni sœur Thérésa, ni un sergent des marines.
Cette étape se déroule en trois phases :
- Une prise de RDV
- Un entretien
- Un compte rendu ou un accord
La prise de RDV
Deux à trois jours après avoir adressé les courriers d’annonce, prenez contact par téléphone si possible avec les copropriétaires listés afin de convenir d’un RDV avec eux.
Indiquez à votre interlocuteur le nom des deux conseillers, et la durée de cette rencontre ainsi que l’objet.
L’entretien
Dans la mesure du possible, choisissez un lieu neutre (café calme, parc, ou salle du Conseil Syndical si votre résidence en est pourvue).
Soyez direct et courtois.
Votre objectif est de parvenir à un accord sur un plan d’apurement de charges, plan qui peut se résumer à une date de paiement unique.
Expliquez qu’il convient que cet engagement soit formalisé par écrit et signé par le copropriétaire.
Rédigez l’accord dans la foulée : il n’a pas besoin d’être long, faites un brouillon manuscrit si besoin.
Dans le cas où le consensus se révèle impossible à obtenir, précisez calmement que vous regrettez de prendre note de ce constat.
L’exercice n°002 vous donnera quelques clés de réussite dans la conduite de cet entretien.
Remarque sur la dimension « sociale » de la situation :
Il peut arriver que des copropriétaires rencontrent de vraies difficultés.
Dans ce cas, souvenez vous que l’amélioration de la situation est davantage dans la sollicitation des services sociaux que dans le laxisme du recouvrement des impayés par le Syndicat des Copropriétaires.
Laisser les dettes s’accumuler ne finirait par déséquilibrer d’autres copropriétaires.
Le compte rendu ou l’accord
Rédigez un document précisant la date, le montant de la dette, l’échéancier de paiement d’apurement des charges et précisant le contexte dans lequel l’accord a été obtenu.
Etablissez au moins deux exemplaires, un pour l’intéressé et l’autre pour le Syndic.
Retournez promptement voir le copropriétaire et soumettez lui les termes de l’accord pour signature.
Inscrivez sur votre « Plan de route de recouvrement » l’échéancier de l’accord, et vérifiez qu’il soit respecté. Prévoyez que le Syndic prenne en charge les rappels préalables aux échéances convenues et les relances éventuelles.
En cas de dérapage, prenez de nouveau contact avec le débiteur, mais ne laissez pas la « barque partir à la dérive ».
Après deux « oublis », il sera temps d’envisagez la phase contentieuse.
Dans le cas d’un « constat d’échec » suivez les mêmes principes, et adressez une copie de votre constat au copropriétaire débiteur.
A retenir :
Structurez votre action de recouvrement autour d’un « Plan de route » débutant par ces deux phases :
-
La communication préalable : Avertissez les copropriétaires de l’existence du problème, de votre volonté de le résoudre, et des premières actions.
-
La démarche amiable :
-
Prenez RDV avec chaque débiteur de votre liste
-
Entretenez vous pour obtenir un accord sur les modalités de régularisation
-
Formalisez l’accord ou son absence dans un document écrit
-
Quand la démarche contentieuse devient nécessaire…
Malgré vos efforts, la situation ne s’est pas améliorée comme vous l’espériez.
Il est temps d’entrer dans la phase « juridique ».
Je détaillerai cette démarche dans un article à venir.
A vous de jouer !
Application Pratique n° 002 : Maîtriser votre entretien amiable de recouvrement d’impayés.
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Bonjour Michel,
Décidément, il sera dit que vous me surprendrez toujours…
Cet article, Monsieur Le Professeur, c’est une magistrale leçon sur la façon de s’organiser pour traiter les impayés.
Je suis complétement surpris par toutes ces chôses, nouvelles pour moi que vous nous apprenez.
La procédure que vous nous proposez, et dont je n’avais jamais entendu parler, est indiscutablement la meilleure méthode pour traiter les impayés.
Elle met en évidence le rôle important du Conseil Syndical pour traiter ce problème.
Commme beaucoup de copropriétés je crois, nous en sommes encore à essayer de traiter ce sujet en en parlant tous les mois en réunion, et en suivant et en contrôlant le travail du Syndic.
Nous avons une guerre de retard….
Heureusement, Conseil-Syndical.info est là, pour donner aux Conseils Syndicaux la meilleure manière à utiliser pour traiter les différents problèmes de la Coproprièté.
Pour ce qui nous concerne, ce sera une véritable remise en cause, un profond bouleversement dans l’exécution de la mission du Conseil Syndical.
Il nous faudra y aller progressivement, Il est indispensable que la procédure soit bien comprise par les intéréssés avant mise en execution, et les démarches, comme vous le soulignez ne souffrent pas l’amateurisme.
Merci Michel pour ces excellents conseils que vous nous donnez là.
Cordiales salutations.
Emile Boiteux.
Bonjour Emile,
« Décidément, il sera dit que vous nous encouragerez toujours… »
Je suis heureux de constater que vous semblez tirer « quelque chose de bon » des idées que je couche sur le papier.
Il est vrai que beaucoup de copropriété « abandonnent » la gestion des impayés aux mains de leur Syndic.
Il est des cas où cela se passe bien ainsi.
Malheureusement la situation dérape souvent.
Je vous suggère, comme vous l’avez déjà fait, à tester progressivement les idées, prenez du recul et trouver les mots qui conviennent au style de votre copropriété.
Toute l’équipe vous remercie une fois encore pour vos éloges.
Nous envisageons, si vous êtes d’accord, de citer des extraits de vos commentaires sur nos documents de communication.
Bien à vous
Michel
Bonjour Michel,
Bien sur que je retire quelquechose de bon dans vos articles, je dirais même beaucoup de choses….
Vous pouvez si vous le souhaitez citer des extraits de mes commentaires sur vos documents de communication, je suis tout à fait d’accord.
Merci encore,
Cordiales salutations,
Emile
bonjour Michel, Article très intéressant, et surtout permettra peut-être au CS d’être « diplomate » le chemin a parcourir dans ce sujet est avant tout la diplomatie, le calme, la sérénité, pour arriver a ne pas faire remarquer au débiteur qu’il est fautif et porte à la copropriété une faille de trésorerie
Comme tous tes articles ils sont de bons conseils .
Dans notre copropriété nous avons la chance , à ce jour, de ne pas avoir de mauvais payeurs, mais il faut dire aussi que jusqu’à ce jour on paie des charges.
A partir de cette année arrivent a grands renforts « les travaux » jusqu’à ce jour les copropriétaires étaient contre des entretiens travaux, la raison n’a pas besoin de grandes explications ..!! donc nous allons – peut-être- pouvoir grâce à ce sujet PRÉVENIR avant de guérir
Merci Michel de ces post interessants
A Claudie,
Merci pour votre commentaire qui synthétise bien le but de l’article: « Mieux vaut prévenir que guérir » les contentieux.
Je souhaite effectivement que la démarche proposée contribue à maintenir le calme dans les immeubles :-)
A Emile:
J’ai pris bonne note de votre autorisation, et j’ai commencer à inciter les membres de conseils syndicaux qui se montrent « frileux » à lire vos commentaires pour les inciter à franchir le pas.
Bien à vous
Michel
Bonjour,
je suis membre du conseil syndical. Nous sommes 4 dans ce conseil, et j’ai bien du mal à me faire accepter car les 3 autres ont l’habitude de fonctionner ensemble (tout en se disputant sans cesse, et en venant se plaindre à moi)…
Bref, pour en revenir à votre article… Voici notre situation.
Nous sommes une copro de 22 logements… Budget 77 000 euros/ans.
Les charges sont relativement élevées. Il s’agit d’une résidence de standing.
Pour un certain nombre de co propriétaires, régler ces charges est difficile, et certains fractionnent leurs paiement en 3 fois.
du coup, cela peutparfois poser quelques difficultés au syndic en début de trimestre pour régler quelques échéances, mais cela se « lisse » sur l’année.
Je vous le disais, je fais moi même partie du conseil syndical, et j’ai un gros retard de charge, car j’ai été victime d’une arnaque (détrounement de chèques, etc).
du coup, j’ai prix contact avec le syndic pour régler ma « dette » en plusieurs fois, ce que je respecte.
au sein de la co pro, nous avons une personne qui n’a JAMAIS payée ses charges, une procédure est en cours…
Une autre personne qui devait plusieurs trimestre, mais qui vient de vendre et de régler la totalité, et 4/5 personnes qui fractionnent leurs paiements.
Autrement dit, à part la procédure en cours, pas réellement de mauvais payeurs malhonnêtes.
Pourtant, cette semaine, les 3 autres personnes du conseil syndical ont déposé dans les boites à lettre de tous les copropriétaire un courrier (signé par elles trois, et non au titre du conseil syndical), interpellant sur les impayés.
Elles vont même jusqu’à dire que nous risquons une coupure de chauffage (ce qui, renseignements prix aurpès du syndic est totalement faux).
Pire, elle joignent à la lettre le détail du retard de charge, personne par personne !
Mieux encore, elles nous gratifient d’un « Il est innadmissible que ceux d’entre nous qui payent leurs charges soient contraints de se passer de chauffage et d’eau chaude parceque d’autres n’assument pas leurs responsabilités ! »
Voilà donc mes questions :
1 – un tel courrier est-il « légal » ?
2 – une tel courrier peut-il être adressé aux copropriétaires sans qu’il n’émane du conseil syndical ?
3 – est-il « légal » d’y joindre la liste des propriétaires débiteurs avec les sommes ?
4 – Si tout cela n’est pas « normal », comme il me semble que ce soit le cas, que puis-je faire ?
Cela met une très mauvaise ambiance au sein de la copropriété, et je pense que cela ne favorise pas justement de travail « amiable ».
Qu’en pensez-vous ?
Merci de votre site remarquable !
Bonjour Catherine,
Pour répondre à vos questions:
1, 2 :-) Dans la mesure où le courrier n’est pas signé au nom du Conseil Syndical, il n’a pas plus de caractère légal que tout courrier entre personnes physiques.
3) Là effectivement il y a, a priori, un certain mélange des genres.
Le Conseil Syndical est légitime à accéder aux informations relatives aux comptes de la copropriété.
Ces informations ne sont pas de nature confidentielle au sein du Syndicat des Copropriétaires.
Le Conseil Syndical peut décider de diffuser l’information dont il dispose à l’ensemble du Syndicat des Copropriétaires.
Ensuite tout est « affaire de forme » et de véracité des informations diffusées.
Pour la forme, on peut regretter que la décision visiblement n’a pas été prise par le Conseil Syndical mais par certains de ces membres disposant de l’information.
4) En l’occurrence un recours juridique – du ressort du code pénal sur la base d’une diffamation ? – risquerait fort d’envenimer la situation.
En revanche, je pense que le mieux est de rencontrer individuellement chacun des signataires pour lui rappeler que sa mission de membre du Conseil Syndical est d’assister et de contrôler le Syndic.
Personnellement, j’évoquerais aussi l’aspect humain : « imaginez comment j’ai pu accueillir votre courrier, pensez-vous qu’au final, cela donne envie de payer ? ».
Puis proposez votre aide pour organiser le recouvrement de façon plus sereine : normalement les articles parus sur conseil-syndical.info peuvent vous faciliter la tâche.
Se faisant vous commencerez à prendre naturellement votre place au sein de ce Conseil Syndical qui a pris l’habitude de fonctionner à trois.
Bon courage.
Michel